dimanche 25 novembre 2012

C'est bien connu les infirmieres sont toutes des cochonnes


Le fantasme de l'infirmiere a la vie dure


Scène de violence ordinaire sur fond de misère sociale à l'hôpital.

Service de médecine, de plus en plus service d'hébergement .
On reçoit un patient sdf comme tant d'autre. Il vient d'Europe de l'Est, a espéré que l'herbe serait plus verte à l'Ouest. Il ne parle pas français mais a tellement vagabondé pour fuire la misère qu'il arrive à se débrouiller en allemand et italien. On va se débrouiller.

Il est plutôt jeune, a été admis pour une plaie au visage qui s'infectait méchamment. Après trois mois de travail au noir, plus de 14 h par jour sur des chantiers, son boss lui a dit qu'il ne pouvait pas le payer. Parfait exemple d'esclavage moderne au pays des droits de l'Homme. Ça s'est finit en bagarre, il a terminé à l'hôpital.

Ça c'était pour poser le tableau.
 Mais que viennent faire les infirmières cochonnes là dedans me direz-vous? Ne soyez pas si impatients, j'y arrive.

Donc ce patient, on lui fait tout un tas de bilans sanguins dont une sérologie VIH-HVC. Le problème c'est qu'il faut obtenir un consentement éclairé du patient pour ce genre de tests et qu'avec la barrière de la langue, c'est pas évident de lui expliquer au monsieur. Je parviens à mes fins après moult dessins et explications avec mes restes d'allemand et de yaourt italien. Il à l'air d'avoir compris et accepte le test. Il est particulièrement agréable avec moi, naïvement je pense qu'il a apprécié que je prenne le temps de lui donner des explications.

 Ce n'est que le lendemain, quand sa petite amie a débarqué complètement hystérique dans le service, me jetant une bouteille de bière au visage que mon cerveau a commencé à faire tilt. Très vite la cadre intervient et tente de calmer la dame, lui demande ce qu'il la met en colère : " c'est l'infirmière, elle baise avec mon mari! " j'en reste les bras ballants, la cadre lui demande ce qui lui fait dire ça : " elle a fait le test du sida à mon copain pour savoir si elle pouvait le faire sans risques! " Autant dire que je ne me suis plus occupé de ce patient.

Ps: pour ceux qui auraient tapé infirmières cochonnes sur Google, désolée, vous devez être déçus !
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Je n'ai pas le temps pour que vous mourriez aujourd'hui

Ou comment prendre correctement soin d'un patient en fin de vie quand on est débordé de travail ?

Je suis exploitable, heu, infirmière à domicile.
J'ai un patient qui est condamné, une douloureuse maladie iatrogène.
Tous les jours je me demande dans quel état je vais le retrouver. Son état se dégrade lentement, je l'ai connu en forme sur ses deux jambes pour finir grabataire. Ce matin là, comme tous les matins, c'est sa compagne qui m'ouvre la porte. Mais ce matin elle tremble, elle pleure : " c'est la fin " me dit-elle.
Elle a des cernes jusqu'au menton, elle l'a veillé toute la nuit dans l'angoisse de l'attente du dernier souffle. Elle a appelé le médecin de garde qui lui a prescrit un bilan sanguin, un ECBU avec antibiogramme à faire le Lundi. Nous sommes Samedi. En raison de sa maladie, le monsieur ne peut prendre aucun médicament.

Je vais voir le patient, il est dans le coma, une tension à 6 et un pouls à 40 qui n'essaye même plus de compenser l'hypotension. Le beau-fils arrive, rassure sa mère sur le fait que son compagnon va survivre. Elle me regarde de ses grands yeux tristes, attend une réponse de ma part. Une réponse que mon statut m'interdit de donner. Seul un médecin peut se prononcer sur le pronostic vital d'un patient.

Ne sachant plus que faire pour son compagnon, elle me demande si on peut le réveiller pour le mettre au fauteuil. Elle pense que ça lui fera du bien. Comment lui dire l'indicible ? Je lui dis qu'au moins quand il dort il ne ressent pas la douleur de sa maladie, alors mieux vaut le laisser au lit. Je me sens plus que nulle. Je voudrais rester avec cette dame et son fils, les accompagner jusqu'à la fin.

Je sors pour téléphoner au chef et lui faire part de la situation, il me reste une dizaine de patients à voir, ne peut-on pas trouver une solution pour que je reste avec cette petite famille ? Réponse négative, personne pour me remplacer. Tout ce qu'il peut faire c'est prendre rendez-vous avec l'équipe de soins palliatifs. Une équipe inconnue, sur les épaules de laquelle la compagne n'osera certainement pas pleurer. Une équipe débordée qui arrivera sans doute trop tard.

Je retourne chez mon patient. Je reste un maximum de temps, quand je sors il respire toujours mais je sais que c'est la dernière fois que je le vois.
Il est mort le lendemain matin et laissera à vie dans un coin de ma tête un sentiment d'impuissance, de colère de ne même pas avoir le temps d'être là dans les moments les plus difficiles, la certitude d'être par la force des choses une mauvaise infirmière.

Découvrez ici un autre témoignage sur la prise en charge d'une patiente en fin de vie

Les infirmiers au chômage


Qui a dit que les infirmieres ne connaissaient pas la crise ?

Pôle emploi : le nouveau quartier général des infirmières


Une rumeur qui enfle


Il circule des bruits bien étranges : de plus en plus d'infirmiers seraient au chômage. Dans ma région ce n'est pas le cas, normal personne ne veut y habiter et le salaire d'un infirmier ne permet même pas de se louer un studio de 12 m² . Mais voilà, de région j'avais justement prévu d'en changer, pour aller vivre dans une ville à taille humaine, ne plus dormir dans le salon, pouvoir me payer le chauffage quand il fait froid, manger autre chose que des pâtes et ne plus passer 10 h par semaines (quand tout va bien) dans les transports le nez à hauteur d'aisselles et le popotin à hauteur de mains. Bref rien d'extravagant comme projet, juste le minimum syndical que mériterait toute personne qui bosse.


Je me disais qu'avec mon boulot, à part peut être en Bretagne, je n'aurai pas de mal à trouver ailleurs. J'ai commencé par faire des recherches du côté de l'énorme CHRU de la ville que je convoitais : pas de postes. Je regarde les cliniques: pas de postes. Les Epahd ? Oui quelques postes avec les conditions que vous connaissez. Oh une offre pour bosser en entreprise! Oh 15000 euros brut par an! Oh mais ça ferait pas moins de 1000 net par mois ça? Je serai mieux payée chez Mcdo.

Je commence à sérieusement m'inquiéter quand je tombe sur deux articles sur un célèbre site de la communauté infirmière : il y a bien du chômage dans notre métier. Sur le forum du même site, des tas de membres disent ne pas trouver de travail. Sur Facebook un groupe est créé. Je tombe des nues, je ne comprends pas. La population n'est t-elle pas vieillissante ? Ne parle t-on pas partout de conditions désastreuses de travail dans les hôpitaux à cause du manque de personnel? 


À qui la faute ?

Si, et c'est de plus en plus le cas. Mais s'il y a bien une profession qu'on peut maltraiter sans bruit, c'est la notre. Les infirmiers ont accepté pendant des années de faire le travail pour deux voire trois personnes, de remplacer au passage le brancardier, l'ASH et la secrétaire. On les use jusqu'à la moelle, mais victimes de leur conscience professionnelle, ils continuent à courber l'échine parce qu'au bout de cette machine infernale il y a un patient qui souffre. Alors les structures de soins ont pris l'habitude à ce que le travail de trois personnes soit fait par une seule. Dans ce cas pourquoi embaucher ? Le travail risquerait-il d'être mal fait si on n'embauchait pas ? C'est pas grave on fera des économies. Se pourrait t-il que l'insuffisance de personnel soignant augmente le taux d'erreurs médicales conduisant au décès? Pas grave, notre larbin ira en prison et on en embauchera un tout frais corvéable à merci, bien trop content de trouver du travail. On pourra même baisser son salaire au passage. 


Un effet pervers qui profite à nos directions des soins

Effet domino, les infirmiers ne trouvant pas de travail postulent pour des postes d'aides-soignants, ces derniers risquant alors aussi de ne plus trouver de travail.
Encore plus pervers, les directeurs de soins jubilent de cette situation et se font un plaisir d'embaucher un infirmier en tant qu'AS , il coûte moins cher et le malheureux encore et toujours appitoyé sur le sort des patients ne pourra s'empêcher de faire en plus le travail de l'infirmier manquant.

Les hôpitaux ont trouvé la bonne manœuvre : pour le salaire d'un aide-soignant vous avez un aide-soignant et un infirmier ( et une femme de ménage, un brancardier, une secrétaire...)

Comment ont-ils reussi à faire accepter aux infirmiers cette situation ?

Connaissez-vous l'histoire de la marmite qui chauffe?
C'est une grenouille qu'on plonge dans une marmite d'eau froide. On pose la marmite sur un feu très doux. L'eau chauffe de plus en plus mais tellement lentement que cette pauvre grenouille s'y habitue et ne voit pas le danger arriver. Elle meurt ébouillantée.
Nous sommes exactement comme cette grenouille, à accepter de plus en plus de choses. Nous sommes en partie responsable de cette situation car qui ne dit rien consent. Il est grand temps de se réveiller chers collègues, exigeons un nombre de patients maximum par infirmier dans tous les services, refusons de faire le travail des autres, ne faisons plus d'heures supplémentaires ou alors payées en tant que telles et volontairement
. Il faut une action coup de poing, il faut faire le buzz. Pas le droit de grève? N'allez pas au travail avec une pancarte en grève sur le dos, mais allez travailler avec une blouse de patient sur le dos. Car oui ce système est en train de nous tuer à petit feu, de nous rendre malades et par la même occasion nous empêche de soigner ceux qui en ont besoin.
Les infirmiers ont une espérance de vie de sept à huit ans inférieure à la population générale, à ce rythme là notre espérance de vie va encore diminuer.
Élevons nos voix avant qu'il ne soit trop tard!

La région parisienne ne sera jamais touchée par le chômage infirmier, découvrez ici pourquoi

samedi 24 novembre 2012

L'entreprise c'est comme une grande famille !



Je travaille dans un service de soins à domicile.
Nous sommes trois infirmières et une trentaine d'aides-soignants. Avec une collègue infirmière nous nous apercevons très vite des traitements de faveur dont bénéficient les aides-soignants : peu de patients à prendre en charge, tournée très rapide car tous les patient habitent dans le même quartier voire dans la même rue, possibilité de commencer plus tard, terminer plus tôt sans que jamais ça ne leur soit reproché.

Discrimination sexuelle à l'hôpital

La profession infirmiere n'est pas épargnée.


La profession infirmière est très largement représentée par des femmes, et pourtant là aussi le sexisme bat son plein.
Combien de fois ai-je envié mes collègues masculins pour tout ce qu'ils pouvaient se permettre et cela dés les études ?
 En vrac quelques petites anecdotes:

dimanche 18 novembre 2012

Il fallait faire de la finance ma pauvre dame!

Ou comment culpabilise t-on les infirmières pour leur faire accepter leurs conditions de travail.


une infirmiere n'a pas besoin d'argent



Annonce de pôle emploi pour un poste d'infirmière à domicile, 7h par jour, une dizaine de patients maxi, salaire minimum à 2300 brut. Je postule, je suis embauchée.

D'emblée le salaire se transforme en1500 net, bref passons. Les horaires sont coupées d'une pause de 3h entre 12h et 15h : ok je suis conciliante j'aime bien faire la sieste et j'ai le temps de repasser par chez moi.

La dizaine de patients se transforme en 20 à 24 patients par jour. La tournée à pied (donc pas d'indemnités de transport ou d'essence) s'avère impossible à réaliser dans le temps imparti tant les patients sont éloignés les uns des autres géographiquement.... Je commence à avoir mal aux dents à force de les serrer et la moutarde me monte fortement au nez. Je demande un rendez-vous avec la directrice pour lui faire part de ces problèmes.

dimanche 11 novembre 2012

La ronronthérapie

Ou comment les chats peuvent participer aux soins de confort des malades en fin de vie.

Les ronrons d'un chat seront toujours plus efficaces que la curette d'une infirmiere

C'est une dame très âgée à qui je dois rendre visite tous les jours pour refaire un pansement.
Elle vit seule sur un lit d'hôpital au milieu de son salon.
Elle ne peut presque plus bouger ni parler, les AVC ont eu raison de sa santé.
Autour d'elle, de multiples photos témoignent de sa vie d'avant : une belle dame, active, entourée d'une famille et d'amis aimants.
Elle a encore son regard bleu perçant.

Je me demande ce qu'elle ressent, ce qu'elle entend, ce qu'elle comprend de sa situation.
Des mois qu'elle est immobilisée dans son lit, aucun espoir d'amélioration de sa santé.
Alors tous les jours j'essaye de lui faire la conversation même si je n'ai pas de réponse.
Je lui parle de la pluie, du beau temps, de l'actualité. Parfois son regard s'illumine et m'encourage à continuer ce monologue difficile.

Un jour, je retrouve ma Dame comme d'habitude dans son lit mais accompagnée d'un compagnon à moustaches : son chat.
 Il est là, allongé sur son ventre, tout ronron, les yeux plongés dans les siens. J'hésite un quart de seconde puis me ravise : pas de pansement aujourd'hui, ça attendra demain. Je ne veux pas chasser le chat, je suis convaincue que ses câlins et ses ronronnements sont mille fois plus bénéfiques pour elle que ma torture quotidienne, et vue son état général, le confort doit primer sur le reste.

J'explique ma décision à ma patiente, espérant qu'elle me comprenne.
Elle me regarde, me tend difficilement son seul bras valide, m'agrippe la main et me l'embrasse.
Plus de doute, elle m'a comprise.
Plus de doute, j'ai fais le bon choix.

Bien sûr je n'ai pas respecté le protocole et certains de mes chers collègues n'hésiteront pas à dénoncer mon manque de professionnalisme au "chef".
Mais franchement, qu'auriez- vous fait à ma place?

Vous aimerez peut-être : les infirmiers ont-ils du coeur?