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mardi 1 janvier 2013

Bonne Année 2013


Les voeux de l'infirmiere




Je souhaite à tous les soignants pour cette année :

- des jours de congés respectés
- des heures supplémentaires choisies et payées
- très peu d'insultes, de coups, de crachâts, de morsures, de griffures de nos chers protégés
- un dos en béton armé : adieu lumbago, sciatique et hernie discale
- des jambes de marathonien : bye bye insuffisance veineuse, rétention d'eau et varices
- une peau toute douce : exit les mains sèches et ridées.

Je vous souhaite surtout du renfort dans les services, des créations de postes pour vous décharger. Alors n'oubliez pas cette année on dit NON ! Non je n'effectuerai pas un remplacement de dernière minute alors que je suis déjà épuisée, il y a des intérimaires pour ça. Non je ne ferai pas le travail pour deux ou trois. Embauchez ! Ça paraît difficile comme ça mais si nous tenons tous le même discours, nos actions commenceront à porter leurs fruits pour le plus grand bien de tous : soignants et patients. Allé on répète : NON NON NON (bon faudrait pas que ça devienne un TOC non plus, surtout pour toi la bandeuse)

L'année 2013, je le souhaite, sera marquée par la révolte des infirmiers.

Il parait que dans un blog on ne peut pas que râler et qu'il faut aussi parler de soi. Un gros projet pour moi en 2013, quitter ma région pour plusieurs raisons : avoir un cadre de vie un peu plus sympathique, plus verdoyant, moins pollué, un peu plus d'ensoleillement et surtout pouvoir me loger correctement, offrir une chambre pour ma fille qui va bientôt crapahuter dans tous les sens. Beaucoup de changements en perspective donc... Vous pensez pouvoir m'aider ? C'est par ici.

Découvrez ici mes voeux de Noël

lundi 24 décembre 2012

Les chants de Noel à l'hopital résonnent sur des airs de blues




Reproduire la magie de Noel à l'hopital : une utopie ?


Autant qu'on se le dise tout de suite, le père Noël ne passera pas par l'hôpital. Il ne viendra pas pour la simple et bonne raison que chez nous, la cheminée mène tout droit au crématorium.

Et pourtant on n'en n'aurait bien besoin. Nous sommes tellement laissés pour compte qu'il est bien le seul aujourd'hui qui pourrait nous apporter une petite étincelle d'espoir. La promesse que demain on nous donnera les moyens de pouvoir continuer à prendre soin de vous, de vos familles dignement.

Ce soir à l'hôpital, les soignants tenteront en vain, hélas, de reproduire la magie de Noël. Quelques décorations parsemées, un bon repas pris entre deux sonnettes. Peut- être que quelqu'un pensera à apporter des chandelles ?
Mais au fond de chacun, le cœur n'est pas à la fête. Il y a celui qui, encore une fois, ne verra pas le regard de ses enfants s'illuminer devant leurs cadeaux. Il y a celle qui aimerait être avec sa mère malade pour qui c'est certainement le dernier Noël.
Et puis il y a les patients et leur famille, l'âme en peine de ne pas être dans la chaleur de leur foyer.
Dans la chambre au fond du couloir l'un d'entre eux rend son dernier souffle. Joyeux Noël.

Petit Papa Noël, laisse moi te donner une astuce : tu ne peux pas passer par la cheminé, mais rien ne t'empêche de prendre les escaliers.

samedi 22 décembre 2012

Dans l'enfer des EHPAD courent des héroïnes



Publicité mensongère : un EHPAD c'est tout sauf ça


Il y a bien une chose qui m'a toujours horripilé au point de ressembler à un orang-outang en colère : ce prestige qu'on rend aux infirmières des services de réanimation et d'urgence face au mépris des infirmières de gériatrie .
Il est certain que dire que l'on travaille avec les vieux est beaucoup moins "glamour" dans l'esprit général que de s'apparenter à une infirmière de série américaine qui, in extremis, ressuscite une jeune patiente victime d'un crash d'avion (quoi que dans les séries US c'est plutôt les médecins qui sont sur tous les fronts).
Imaginez un peu le scénario en maison de retraite :
- une fausse route chambre 332! Vite une manœuvre de Hemlich!
- tout de suite ! Mais qui va s'occuper du globe vésical de la 421 ? On n'a pas de temps à perdre sa vessie est sur le point d'exploser!
- infirmière! Une chute en 339, fracture du fémur ouverte, la patiente est en hémorragie!
- le patient de la 142 a fugué! Pourquoi ne l'avez-vous pas surveillé ? Là c'est le blâme !

Ça donnerait un peu près ça et ça serait plus proche de la réalité que Urgences ou autre Grey's anatomy.
Alors mince, je ne suis pas là pour casser du sucre sur le dos des infirmières de réa-urgences, leur travail a aussi ses difficultés et est tout aussi utile que les autres. Mais par pitié cessez d'assimiler infirmière en réa à super infirmière et infirmière en EHPAD à infirmière ratée !

Personnellement, la première fois que j'ai mis les pieds dans un EHPAD en tant qu'étudiante je me suis dit : "alors l'enfer c'est ça !" 100 patients, la moitié de totalement dépendants, une trentaine d'Alzheimer, le tout pour deux infirmières dont une en congé maternité, il va sans dire non remplacé, une dizaine d'auxiliaires-de-vie. J'avais déjà vu des personnes âgées et je connaissais les difficultés liées à l'âge, mais jamais dans cet état là. Les vieux qui sont en EHPAD, vous ne les croiserez jamais à l'extérieur.

J'ai perdu 5kg en 4 semaines, les soins se faisaient à la chaîne, faute de pouvoir faire autrement. La moindre urgence et c'était 3h supplémentaires assurées sur une journée déjà bien longue. Et les urgences sont quotidiennes chez les personnes du 4ème âge, mais en EHPAD vous n'avez ni médecin réanimateur ni matériel adapté sous la main pour les gérer. C'est vous, votre tête et votre bon sens. Ajouter à cela les multiples manutentions qui vous abîment le dos, le manque de gants pour manipuler des gens souvent souillés d'urines et de selles, les griffures, morsures, crachats, étranglements des patients déments, l'agressivité des familles qui trouvent qu'on ne passe pas assez de temps avec leur proche...
 Sans parler de la confrontation quotidienne avec la mort et pire, la dégénérescence qui sans cesse vous rappelle que vous aussi vous risquez de terminer comme ça.
Vraiment, je serai incapable de tenir plus de deux mois dans ces conditions.

Et à l'intérieur de tout ça, des infirmières, des aides-soignantes, qui parviennent à apporter à ce tableau apocalyptique une once d'humanité: un sourire, un bisou, un mot gentil, la page du calendrier tournée au bon jour... Ça paraît tellement insignifiant vu de l'extérieur, mais croyez-moi, dans tout ce tumulte, ces petites attentions, peu de gens penseraient encore à les avoir.
Alors quand j'entends une cadre menacer une infirmière de la mettre en gériatrie long séjour parce qu'elle ne fait pas bien son travail, j'ai envie de hurler, de l'attraper par la queue de cheval et de faire du tourniquet avec.

Les soignantes en EHPAD resteront pour moi des héroïnes des temps modernes...

Cliquez sur ce lien pour un point de vue plus humoristique sur la gériatrie

jeudi 13 décembre 2012

Sur les pas des infirmiers



Si vos mains valent (symboliquement) de l'or, vos pieds ont très peu de valeur !


Mieux vaut ne pas être infirmière quand on est réfractaire à la marche. Selon une étude de l'INRS (ici)les infirmières marcheraient plus de dix kilomètres par jour de travail dans un même service.
Ils ne prennent pourtant pas cher nos pauvres pieds. Nos piétinements, souvent récompensés par une douche de liquides divers (urines, vomissements, sang et, comble de l'horreur, traditionnel potage de l'hôpital) ont encore beaucoup de distance à parcourir avant de fouler un moelleux tapis de billets verts.


Encore un beau pied de nez à la profession infirmiere


En effet, les pas d'une infirmière ont moins de valeur que celui d'un médecin, d'une sage-femme ou encore d'un kinésithérapeute. Quand l'indemnité de déplacement d'un médecin généraliste s'élève à 10 euros, de la sage-femme à 4 euros, celle de l'infirmière libérale décolle à peine du plancher des vaches avec 2,50 euros.
Pourquoi une telle différence pour un même acte aussi basique que celui de se déplacer ?
Est-ce parce que de nos pieds se dégagent un odorant fumet à force de courir partout ?
Est-ce parce que les infirmières sont de plus en plus nombreuses à aller travailler à reculons ?
Est-ce parce que, encore une fois, et sans mauvais jeu de mots, nous nous sommes laissées marcher sur les pieds ?

Scoop: les médecins roulent au caviar, les infirmiers aux topinambours

Mais les inégalités ne s'arrêtent pas là. Alors que tout le monde paye l'essence au même prix, les indemnités kilométriques diffèrent selon les professions soignantes. En plaine, l'indemnité kilométrique d'un médecin s'élève à 0,61 euros par kilomètre, celle d'une sage-femme à 0,45 et celle d'une infirmière à 0,35. Cherchez l'erreur... Une différence de tarifs liées à la différence de cylindrée ?


Promotion de Noël du Ministère de la Santé: environ 600 000 dindes à prix réduit

Nous sommes décidément toujours le dindon de la farce, le pigeon sans ailes qui ne peut plus voler mais qu'on peut voler allègrement tant on l'a habitué à lui clouer le bec. La dernière roue du carrosse de Cendrillon, la roue crevée et crevée qui n'arrive plus à faire avancer la machine avant qu'elle ne se transforme en citrouille.


vos déplacements sont low cost ? Economisez donc vos pas !

S'attend t-on à ce que Easy jet offre les mêmes prestations qu'Air France? Non. Alors puisque mes pas sont low cost, je ne culpabiliserai pas le jour où je déciderai de trainer des pieds. Car quand je rentre le soir, les pattes enflées et meurtries, ce n'est pas les indemnités de déplacements qui vont me payer mes bas de contention et autres drainages lymphatiques.
Alors autant économiser mes pas. On ne pourra me le reprocher, les économies c'est l'excuse qu'on nous sert à toutes les sauces pour mieux nous faire digérer tout type de maltraitances, pour ne pas dire foutagee de gueule. Alors c'est sans gêne que j'utiliserai cette excuse si bien rodée quand on me cassera trop les pieds. 

                             Crazy little nurse (et son pied qui aujourd'hui, aimerait se réchauffer au cul du Ministère de la Santé)

Ici découvrez la coallition des IDE face aux injustices qu'on nous fait subir





dimanche 9 décembre 2012

Le secret medical ne tient qu'à un fil

les infirmieres et le telephone : une grande histoire de haine

Vendredi 7 Décembre, Jacintha Saldanha a été retrouvée morte dans son appartement. L'autopsie n'a pas encore eu lieu mais la thèse du suicide est la plus probable.

Jacintha c'est une infirmière. Victime d'un canular téléphonique par deux animateurs radio australiens, elle a transmis un appel, pensant avoir en ligne la Reine qui prenait des nouvelles de sa belle petite-fille, Kate Middleton, hospitalisée pour sa grossesse.

Je ne suis pas là pour écrire l'actualité, mais ce malheureux fait divers m'a plongé dans un sentiment de malaise.

À l'hôpital, c'est quotidiennement que nous donnons des nouvelles des patients hospitalisés par téléphone à leur famille.
Bien sûr, la plupart de nos patients ne sont pas des Kate Middleton et autres célébrités, ce qui diminue le risque d'appels malveillants.
Mais nous ne sommes pas à l'abris de nous retrouver malgré nous complices de manigances familiales, de ragots malsains, d'assureurs malhonnêtes.

Comment faire pour être certain de ne jamais trahir le secret médical ?

- Ne donner aucune nouvelles par téléphone ?
En théorie oui, en pratique s'interdire de rassurer une épouse angoissée sur l'opération que vient de subir son mari semble irréalisable.

- Demander au patient de désigner un interlocuteur unique, ce dernier ayant un mot de passe pour prouver son identité au téléphone ?
Ça peut être une idée, simple à mettre en place et qui aurait aussi le mérite de limiter le nombre d'appels en service.

Vous, comment réagissez-vous aux appels des proches du patient ?

Une pensée pour Jacintha. Je reste persuadée que ce canular n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.


dimanche 2 décembre 2012

Des tartes pour les infirmiers

Ou comment étouffer les revendications infirmieres ?



La gourmandise des infirmieres les perdra

Quand plus rien ne va dans un service de soins, apportez de la nourriture !

S'il y a bien une chose que nos patients et nos "chefs" ont compris c'est que les infirmiers sont gourmands. Après des années à se nourrir des plateaux-repas amoureusement préparés dans les cuisines de l'hôpital, l'infirmière devant un aliment goûteux et présentable est telle une jeune pucelle devant son prince charmant: l'eau à la bouche, son estomac se tordant de désir, elle ne répond plus de rien, elle oublie tout le reste.

Personnellement, j'aurai préféré qu'ils comprennent notre douleur, notre colère, notre frustration. Qu'ils soient assez fins pour savoir que ce n'est pas normal de se mettre en transe devant une boite de chocolats. Que notre gourmandise n'a d'égal que ce vide qui se creuse en nous au fil du temps pour finalement nous transformer en petits robots du soin.

Service de médecine, jour. Ça râle, ça râle, ça râle de plus en plus et de plus en plus fort chez les infirmières. Il y a quelques mois encore, ce service était très réputé, les conditions de travail bonnes. Trop bonnes pour nos dirigeants, ils ont supprimé, "omit de remplacer", un poste d'aide-soignant et un poste d'infirmier par équipe. Alors forcément, maintenant on court partout, on délaisse les patients qui sont d'ailleurs de plus en plus nombreux, tarification à l'acte oblige. L'idée de vider sa vessie ou de boire un verre d'eau devient une douce utopie.

Mais c'est sans compter sur notre bon chef de service qui a flairé que sa côte de popularité descendait en flèche. Il nous convoque donc à 13h pour une réunion exceptionnelle. Enfin nous allons être entendues, il va comprendre l'impossibilité et surtout la dangerosité pour les patients de continuer dans ces conditions.

Nous nous présentons donc à 13h tapante en salle de repos, prêtes à en découdre.

Sur la table, un buffet digne d'un jour de fête : des petits fours, des entrées, de la viande, du champagne pas du plus mauvais cru, deux grosses et belles tartes.

Le professeur nous fait son petit discours, il est ravi, que dis-je, fier, il est FIER de son équipe d'infirmières qui malgré les difficultés actuelles parviennent à fournir un travail d'une qualité exceeeeptionneeeelle ! Mais ne perdons pas plus de temps en paroles, mangeons!

Que répondre à ça, merci papa ?

vous l'avez déjà compris, cortiqués que vous êtes, que les plats m'ont laissé un goût amer.

Je les ai entendus, les chefs de clinique, expliquer à leurs externes fraîchement débarqués qu'il fallait se mettre les "petites" infirmières dans la poche, et que pour ce faire, rien de tel que d'amener les croissants de temps à autre.

Étouffer la rage qu'on a dans le ventre à coup de nourriture.

La bouffe c'est notre Inexium, notre Mopral, notre Inipomp à nous. Notre IPC, inhibiteur de la pompe à colère. Nous sommes comme des fauves en cage à qui on jette un bout de viande pour ne pas qu'ils mordent. Nous sommes comme des otaries de cirque bien dréssées qu'on récompense d'un poisson frais après avoir effectué moults acrobaties.

Les deux grosses tartes restent particulièrement gravées dans ma mémoire. Quel choix symbolique ! Et sur deux niveaux qui plus est ! Du grand art, un coup de maître. Était-ce conscient ? Un acte manqué ?

Les infirmières ce jour là ont quitté le service le sourire aux lèvres, repues, enorgueillies par les compliments du chef. Apaisées jusqu'au prochain banquet.

Je ne travaille plus dans ce service, mais la période de Noël étant arrivée, quelque chose me dit qu'on leur servira des huîtres.

Pour un autre témoignage sur la manière dont on se fiche de la tête des IDE, cliquez ici

jeudi 29 novembre 2012

À l'hopital les économies finissent en bain de sang

Ou comment les economies à l'hopital peuvent mettre les patients en danger.



Les dangers des restrictions budgétaires à l'hopital

Service de chirurgie d'un CHU. La nuit. Seize patients, la moitié en isolement pour bactéries multirésistantes (infection nosocomiale? Le mot est tabou.)

Une infirmière, une étudiante. D'habitude il y a une aide-soignante, mais "ils" l'ont placée dans un autre service, la stagiaire pouvant faire son boulot.
 L'encadrement ? La responsabilité ? Ça demande du temps et du personnel alors autant s'asseoir sur ce coussin rempli de billets grâce à toutes ces petites économies. Il fait mal aux fesses le coussin, mais on met parfois un peu de temps pour s'en apercevoir.

Ce soir là, j'ai entre autre une perfusion d'antibio à poser. Soin banal, ordinaire. De ces soins les plus dangereux finalement tant on le fait par automatisme.

 Je vais voir mon patient, allume la veilleuse et pose la perfusion en Y sur le robinet. On papote un peu, de tout de rien, la nuit, loin des tumultes de la journées, les angoisses reprennent le dessus et les langues se démêlent. Je m'apprête à quitter la chambre du patient quand soudain ce dernier m'interpelle : " qu'est ce qu'il se passe ? C'est normal ça ?" Il me montre son bras, du sang remonte dans la tubulure jusqu'au robinet.

J'accoure, je clampe tout, essaye de comprendre d'où vient le problème: le patient n'a pas malencontreusement été perfusé en artériel (si, si ça arrive!), la tubulure est bien vissée au bout du robinet. Tout à l'air d'être en place. J'allume la grande lumière pour y voir plus clair, et là je vois l'étendu des dégâts : de grosses tâches de sang sur le lit, une marre de sang sur le sol. Je ne sais pas qui de moi ou du patient est le plus blême. Je le déperfuse, prend ses constantes, le surveille: le patient se porte bien.

Dans le poste de soins, j'examine "à la loupe" le dispositif de perfusion : là au niveau du robinet, sur la partie en plastique dur, une minuscule fissure et un trou. Le robinet était cassé, créant un appel d'air qui aspirait le sang du patient. Je suis survoltée, nous avions déjà signalé que ces nouvelles tubulures, achetées quelques centimes moins chères que les précédentes, étaient de mauvaise qualité, le débit soit trop lent, soit trop rapide étant impossible à régler correctement. Je fais part de l'incident à la cadre qui ne veut rien savoir, c'est moi qui ne sait pas me servir d'un robinet et qui l'ai cassé. C'est vrai que j'ai l'air d'une grosse brute avec mes 50 kg toute mouillée et j'ai certainement la force de Hulk puisqu'on attend de moi que je mobilise toute seule des patients de 150 kg. Quand bien même avais-je cassé le robinet, est ce normal qu'un dispositif médical puisse se détériorer si facilement sans que l'on s'en apperçoive ? On s'en fou c'est le moins chère!

Et si je n'étais pas restée avec le patient ce soir là ? S'il s'était endormi sans se rendre compte de rien ? S'il avait fait un malaise avant de pouvoir m'appeler ? Je l'aurai retrouvé quelques heures plus tard, mort, gisant dans son sang. Tout ça pour un micro-trou dans un robinet de tubulure. Tout ça pour quelques économies aux dépens de notre santé et de notre sécurité.

Vous aimerez peut-être : des tartes pour les infirmiers

mardi 27 novembre 2012

Trois petites minutes

Poème d'une infirmiere à Marisol Touraine



la Ministre de la santé n'accorde pas de temps aux infirmiers

C'est le temps qu'on met à se brosser les dents.
C'est le temps d'intervalle entre deux métro.
C'est le temps de cuisson des nouilles chinoises.
C'est le temps qu'il ne faut surtout pas dépasser dans la prise en charge d'un arrêt cardiaque.
C'est le temps que nous a accordé Marisol cet après-midi pour répondre ( et de plus très mal) à notre détresse.
Marisol, si un jour tu te retrouves au bout de mon aiguille, je n'aurai probablement pas plus de trois minutes pour te soigner.

Pour en savoir plus sur Marisol Touraine et sa vision de la profession infirmière
- Posted using BlogPress from my iPhone

dimanche 25 novembre 2012

Je n'ai pas le temps pour que vous mourriez aujourd'hui

Ou comment prendre correctement soin d'un patient en fin de vie quand on est débordé de travail ?

Je suis exploitable, heu, infirmière à domicile.
J'ai un patient qui est condamné, une douloureuse maladie iatrogène.
Tous les jours je me demande dans quel état je vais le retrouver. Son état se dégrade lentement, je l'ai connu en forme sur ses deux jambes pour finir grabataire. Ce matin là, comme tous les matins, c'est sa compagne qui m'ouvre la porte. Mais ce matin elle tremble, elle pleure : " c'est la fin " me dit-elle.
Elle a des cernes jusqu'au menton, elle l'a veillé toute la nuit dans l'angoisse de l'attente du dernier souffle. Elle a appelé le médecin de garde qui lui a prescrit un bilan sanguin, un ECBU avec antibiogramme à faire le Lundi. Nous sommes Samedi. En raison de sa maladie, le monsieur ne peut prendre aucun médicament.

Je vais voir le patient, il est dans le coma, une tension à 6 et un pouls à 40 qui n'essaye même plus de compenser l'hypotension. Le beau-fils arrive, rassure sa mère sur le fait que son compagnon va survivre. Elle me regarde de ses grands yeux tristes, attend une réponse de ma part. Une réponse que mon statut m'interdit de donner. Seul un médecin peut se prononcer sur le pronostic vital d'un patient.

Ne sachant plus que faire pour son compagnon, elle me demande si on peut le réveiller pour le mettre au fauteuil. Elle pense que ça lui fera du bien. Comment lui dire l'indicible ? Je lui dis qu'au moins quand il dort il ne ressent pas la douleur de sa maladie, alors mieux vaut le laisser au lit. Je me sens plus que nulle. Je voudrais rester avec cette dame et son fils, les accompagner jusqu'à la fin.

Je sors pour téléphoner au chef et lui faire part de la situation, il me reste une dizaine de patients à voir, ne peut-on pas trouver une solution pour que je reste avec cette petite famille ? Réponse négative, personne pour me remplacer. Tout ce qu'il peut faire c'est prendre rendez-vous avec l'équipe de soins palliatifs. Une équipe inconnue, sur les épaules de laquelle la compagne n'osera certainement pas pleurer. Une équipe débordée qui arrivera sans doute trop tard.

Je retourne chez mon patient. Je reste un maximum de temps, quand je sors il respire toujours mais je sais que c'est la dernière fois que je le vois.
Il est mort le lendemain matin et laissera à vie dans un coin de ma tête un sentiment d'impuissance, de colère de ne même pas avoir le temps d'être là dans les moments les plus difficiles, la certitude d'être par la force des choses une mauvaise infirmière.

Découvrez ici un autre témoignage sur la prise en charge d'une patiente en fin de vie

Les infirmiers au chômage


Qui a dit que les infirmieres ne connaissaient pas la crise ?

Pôle emploi : le nouveau quartier général des infirmières


Une rumeur qui enfle


Il circule des bruits bien étranges : de plus en plus d'infirmiers seraient au chômage. Dans ma région ce n'est pas le cas, normal personne ne veut y habiter et le salaire d'un infirmier ne permet même pas de se louer un studio de 12 m² . Mais voilà, de région j'avais justement prévu d'en changer, pour aller vivre dans une ville à taille humaine, ne plus dormir dans le salon, pouvoir me payer le chauffage quand il fait froid, manger autre chose que des pâtes et ne plus passer 10 h par semaines (quand tout va bien) dans les transports le nez à hauteur d'aisselles et le popotin à hauteur de mains. Bref rien d'extravagant comme projet, juste le minimum syndical que mériterait toute personne qui bosse.


Je me disais qu'avec mon boulot, à part peut être en Bretagne, je n'aurai pas de mal à trouver ailleurs. J'ai commencé par faire des recherches du côté de l'énorme CHRU de la ville que je convoitais : pas de postes. Je regarde les cliniques: pas de postes. Les Epahd ? Oui quelques postes avec les conditions que vous connaissez. Oh une offre pour bosser en entreprise! Oh 15000 euros brut par an! Oh mais ça ferait pas moins de 1000 net par mois ça? Je serai mieux payée chez Mcdo.

Je commence à sérieusement m'inquiéter quand je tombe sur deux articles sur un célèbre site de la communauté infirmière : il y a bien du chômage dans notre métier. Sur le forum du même site, des tas de membres disent ne pas trouver de travail. Sur Facebook un groupe est créé. Je tombe des nues, je ne comprends pas. La population n'est t-elle pas vieillissante ? Ne parle t-on pas partout de conditions désastreuses de travail dans les hôpitaux à cause du manque de personnel? 


À qui la faute ?

Si, et c'est de plus en plus le cas. Mais s'il y a bien une profession qu'on peut maltraiter sans bruit, c'est la notre. Les infirmiers ont accepté pendant des années de faire le travail pour deux voire trois personnes, de remplacer au passage le brancardier, l'ASH et la secrétaire. On les use jusqu'à la moelle, mais victimes de leur conscience professionnelle, ils continuent à courber l'échine parce qu'au bout de cette machine infernale il y a un patient qui souffre. Alors les structures de soins ont pris l'habitude à ce que le travail de trois personnes soit fait par une seule. Dans ce cas pourquoi embaucher ? Le travail risquerait-il d'être mal fait si on n'embauchait pas ? C'est pas grave on fera des économies. Se pourrait t-il que l'insuffisance de personnel soignant augmente le taux d'erreurs médicales conduisant au décès? Pas grave, notre larbin ira en prison et on en embauchera un tout frais corvéable à merci, bien trop content de trouver du travail. On pourra même baisser son salaire au passage. 


Un effet pervers qui profite à nos directions des soins

Effet domino, les infirmiers ne trouvant pas de travail postulent pour des postes d'aides-soignants, ces derniers risquant alors aussi de ne plus trouver de travail.
Encore plus pervers, les directeurs de soins jubilent de cette situation et se font un plaisir d'embaucher un infirmier en tant qu'AS , il coûte moins cher et le malheureux encore et toujours appitoyé sur le sort des patients ne pourra s'empêcher de faire en plus le travail de l'infirmier manquant.

Les hôpitaux ont trouvé la bonne manœuvre : pour le salaire d'un aide-soignant vous avez un aide-soignant et un infirmier ( et une femme de ménage, un brancardier, une secrétaire...)

Comment ont-ils reussi à faire accepter aux infirmiers cette situation ?

Connaissez-vous l'histoire de la marmite qui chauffe?
C'est une grenouille qu'on plonge dans une marmite d'eau froide. On pose la marmite sur un feu très doux. L'eau chauffe de plus en plus mais tellement lentement que cette pauvre grenouille s'y habitue et ne voit pas le danger arriver. Elle meurt ébouillantée.
Nous sommes exactement comme cette grenouille, à accepter de plus en plus de choses. Nous sommes en partie responsable de cette situation car qui ne dit rien consent. Il est grand temps de se réveiller chers collègues, exigeons un nombre de patients maximum par infirmier dans tous les services, refusons de faire le travail des autres, ne faisons plus d'heures supplémentaires ou alors payées en tant que telles et volontairement
. Il faut une action coup de poing, il faut faire le buzz. Pas le droit de grève? N'allez pas au travail avec une pancarte en grève sur le dos, mais allez travailler avec une blouse de patient sur le dos. Car oui ce système est en train de nous tuer à petit feu, de nous rendre malades et par la même occasion nous empêche de soigner ceux qui en ont besoin.
Les infirmiers ont une espérance de vie de sept à huit ans inférieure à la population générale, à ce rythme là notre espérance de vie va encore diminuer.
Élevons nos voix avant qu'il ne soit trop tard!

La région parisienne ne sera jamais touchée par le chômage infirmier, découvrez ici pourquoi

samedi 24 novembre 2012

L'entreprise c'est comme une grande famille !



Je travaille dans un service de soins à domicile.
Nous sommes trois infirmières et une trentaine d'aides-soignants. Avec une collègue infirmière nous nous apercevons très vite des traitements de faveur dont bénéficient les aides-soignants : peu de patients à prendre en charge, tournée très rapide car tous les patient habitent dans le même quartier voire dans la même rue, possibilité de commencer plus tard, terminer plus tôt sans que jamais ça ne leur soit reproché.

dimanche 18 novembre 2012

Il fallait faire de la finance ma pauvre dame!

Ou comment culpabilise t-on les infirmières pour leur faire accepter leurs conditions de travail.


une infirmiere n'a pas besoin d'argent



Annonce de pôle emploi pour un poste d'infirmière à domicile, 7h par jour, une dizaine de patients maxi, salaire minimum à 2300 brut. Je postule, je suis embauchée.

D'emblée le salaire se transforme en1500 net, bref passons. Les horaires sont coupées d'une pause de 3h entre 12h et 15h : ok je suis conciliante j'aime bien faire la sieste et j'ai le temps de repasser par chez moi.

La dizaine de patients se transforme en 20 à 24 patients par jour. La tournée à pied (donc pas d'indemnités de transport ou d'essence) s'avère impossible à réaliser dans le temps imparti tant les patients sont éloignés les uns des autres géographiquement.... Je commence à avoir mal aux dents à force de les serrer et la moutarde me monte fortement au nez. Je demande un rendez-vous avec la directrice pour lui faire part de ces problèmes.

samedi 10 novembre 2012

Devenir infirmière: trois ans et demi de formatage


Les étudiants infirmiers ne savent pas dans quoi ils s'embarquent...et heureusement !

La formation commence par l'infantilisation

Il y a une chose à savoir quand vous commencez votre formation: que vous sortiez du bac ou que vous soyez un quinquagénaire ancien directeur d'entreprise, on vous traitera comme une fillette de 5 ans, écervelée et capricieuse. Cette étape d'infantilisation consiste à entamer le processus de docilité et d'asservissement qui fera de vous un bon professionnel.  

Une fois que vous avez compris ça, entrez dans le moule, ne vous rebellez pas et surtout ne laissez rien transparaître de votre vie privée : votre mère vient de décéder ? Votre copain vient de vous larguer ? Vous vivez à la rue? Vous travaillez toutes les nuits pour payer vos études ?
Vous aurez toujours l'oreille en apparence compatissante d'une formatrice pour vous écouter. Mais sachez qu'au moindre faux pas (ou pas), ça se retournera contre vous, on vous qualifiera d'instable,de trop fragile pour faire ce métier. Nombreux de mes collègues en ont malheureusement fait les frais.

Deuxième acte de la formation en IFSI : la dépersonnalisation

Alors un seul mot d'ordre pour réussir : souriez et serrez les dents! Une fois qu'on vous a dépossédé de toute histoire personnelle, de tout point de vue, de toute personnalité, le formatage peut alors être efficace. Le but ? Avoir de parfaits petits soldats du soin, dévoués corps et âme, soumis à toute autorité, ne prenant jamais de recul sur le pouvoir des lobby pharmaceutique, ne remettant jamais en question le système de santé si bien établi.

La resignation des infirmieres s'apprend sur les bancs de l'IFSI 

Il y a environ 550 000 infirmiers en France, c'est la profession la plus représentée. Sans ce formatage forcené, croyez-moi qu'il y a bien longtemps que les conditions de travails auraient été améliorées et les salaires augmentés.
Mais voilà, le spectre des bonnes sœurs à collerettes n'est jamais bien loin. Ainsi les infirmiers acceptent tout, ils râlent oui, mais discrêtement. Et quand des actions sont mises en place, impossible de les mener jusqu'au bout parce que "pauvres patients, on doit bien les soigner".
Ba oui certes, mais quand on arrivera à une infirmière épuisée et malade pour cinquante patients, plus personne ne sera bien soigné, les erreurs médicales augmenteront et là on pourra dire à juste titre :
 "pauvre patient!"

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