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mercredi 26 décembre 2012

Les mamies aiment les bad boys



Un médecin qui ressemble à Nicolas Sirkis : succès inatendu chez les dames du quatrième âge

 En cette fin d'année morose - la crise, la "faim" du Monde, Gégé national qui nous abandonne sur le bateau submergé - rien de tel qu'un petit billet léger. Le mur des lamentations est déjà chargé comme un mulet turc, n'y rajoutons pas le vanity case de Paris Hilton.

Service de gériatrie court et moyen séjour - non revenez, ne tirez pas la tronche, juré il n'y aura pas de morts ! - Une dizaine de vieilles dames (et quelques vieux messieurs aussi mais il faut avouer que le sexe "fort" se fait rare passé un certain âge) se morfond dans le service. Elles sont là à la suite d'une chirurgie orthopédique le plus souvent et attendent de retrouver assez d'autonomie pour revenir chez elles.
Ce que j'aime dans ce genre de service de gériatrie - car il m'arrive aussi d'aimer mon métier - c'est que contrairement aux EHPAD où l'on voit chaque jour ses résidents décliner un peu plus, les vieux (eh toi là-bas ! Oui toi qui a le poil qui se hérisse comme le chat de ma belle-mère à chaque fois que je dis "vieux"! Vieux n'est pas une insulte c'est un état, alors respire un grand coup, détache le dernier bouton de ton pantalon s'il le faut et retire moi ce faux air outré de ton visage) ici sont là pour aller mieux. L'atmosphère y est différente, la grande faucheuse n'est pas tapie derrière chaque porte, notre ami Al Zheimer n'a pas une grosse côte de popularité, il joue aux cartes dans un coin avec Lévy et le fils de Parkin. Bref, sans aller jusqu'à dire que le court séjour gériatrique ça ressemble à ça:


c'est tout de même un domaine où, si les conditions de travail ne sont pas trop dégueux, il peut-être très agréable de travailler.
Agréable pour une chose principalement : les vieilles sont d'incorrigibles pipelettes, avec l'âge toutes leurs petites manies se sont amplifiées, leur donnant à chacune une sacré personnalité unique et attachante que je ne me lasse pas de découvrir.
Il y a la coquine qui ne peut s'empêcher de vous pincer les joues ou les fesses. Il y a la coquette qui vous asperge de son eau tonique dés que vous franchissez le pas de sa porte:
- mais Madame, je pue tant que ça ?
- mais non mon petit. Je sais que vous n'avez pas d'argent pour vous acheter du parfum.

Il y a la gourmande qui vous engraisse à grands renforts de chocolats et de bonbons La Vosgienne. Il y a la maquerelle qui veut absolument vous caser avec son petit-fils :
Il est gentil mon petit-fils et il a plein d'argent !
Décidément je dois vraiment avoir l'air pouilleuse. Puis sa voisine, la grenouille de bénitier qui vous assène de "que Dieu vous protège" en guise de merci et qui ne manque pas de prier pour vous à l'office du Dimanche.

Toutes ces vieilles dames, de la plus joviale à la plus acariâtre, ont quelque chose en commun : une passion débordante pour le médecin du service. Jeune ténébreux des pays de l'Est, les bras couverts de tatouages, le visage criblé de piercing, une coupe punkie, un accent à couper au couteau Laguiole. Il a de faux airs de Nicolas Sirkis, chanteur du groupe Indochine. Le genre d'homme qu'on ne peut pas présenter à ses parents sans avoir préalablement dilué 1/4 de Lexomil dans leur verre de vin. La première fois que je l'ai vu, je me suis imaginée toutes les patientes apeurées, choquées, sacandalisées qu'une telle créature puisse être médecin et daigner les soigner. C'était bien mal connaître les mamies et leur ouverture d'esprit parfois inattendue. Il a fallu me rendre à l'évidence : les mamies aiment les bad boys.

samedi 22 décembre 2012

Dans l'enfer des EHPAD courent des héroïnes



Publicité mensongère : un EHPAD c'est tout sauf ça


Il y a bien une chose qui m'a toujours horripilé au point de ressembler à un orang-outang en colère : ce prestige qu'on rend aux infirmières des services de réanimation et d'urgence face au mépris des infirmières de gériatrie .
Il est certain que dire que l'on travaille avec les vieux est beaucoup moins "glamour" dans l'esprit général que de s'apparenter à une infirmière de série américaine qui, in extremis, ressuscite une jeune patiente victime d'un crash d'avion (quoi que dans les séries US c'est plutôt les médecins qui sont sur tous les fronts).
Imaginez un peu le scénario en maison de retraite :
- une fausse route chambre 332! Vite une manœuvre de Hemlich!
- tout de suite ! Mais qui va s'occuper du globe vésical de la 421 ? On n'a pas de temps à perdre sa vessie est sur le point d'exploser!
- infirmière! Une chute en 339, fracture du fémur ouverte, la patiente est en hémorragie!
- le patient de la 142 a fugué! Pourquoi ne l'avez-vous pas surveillé ? Là c'est le blâme !

Ça donnerait un peu près ça et ça serait plus proche de la réalité que Urgences ou autre Grey's anatomy.
Alors mince, je ne suis pas là pour casser du sucre sur le dos des infirmières de réa-urgences, leur travail a aussi ses difficultés et est tout aussi utile que les autres. Mais par pitié cessez d'assimiler infirmière en réa à super infirmière et infirmière en EHPAD à infirmière ratée !

Personnellement, la première fois que j'ai mis les pieds dans un EHPAD en tant qu'étudiante je me suis dit : "alors l'enfer c'est ça !" 100 patients, la moitié de totalement dépendants, une trentaine d'Alzheimer, le tout pour deux infirmières dont une en congé maternité, il va sans dire non remplacé, une dizaine d'auxiliaires-de-vie. J'avais déjà vu des personnes âgées et je connaissais les difficultés liées à l'âge, mais jamais dans cet état là. Les vieux qui sont en EHPAD, vous ne les croiserez jamais à l'extérieur.

J'ai perdu 5kg en 4 semaines, les soins se faisaient à la chaîne, faute de pouvoir faire autrement. La moindre urgence et c'était 3h supplémentaires assurées sur une journée déjà bien longue. Et les urgences sont quotidiennes chez les personnes du 4ème âge, mais en EHPAD vous n'avez ni médecin réanimateur ni matériel adapté sous la main pour les gérer. C'est vous, votre tête et votre bon sens. Ajouter à cela les multiples manutentions qui vous abîment le dos, le manque de gants pour manipuler des gens souvent souillés d'urines et de selles, les griffures, morsures, crachats, étranglements des patients déments, l'agressivité des familles qui trouvent qu'on ne passe pas assez de temps avec leur proche...
 Sans parler de la confrontation quotidienne avec la mort et pire, la dégénérescence qui sans cesse vous rappelle que vous aussi vous risquez de terminer comme ça.
Vraiment, je serai incapable de tenir plus de deux mois dans ces conditions.

Et à l'intérieur de tout ça, des infirmières, des aides-soignantes, qui parviennent à apporter à ce tableau apocalyptique une once d'humanité: un sourire, un bisou, un mot gentil, la page du calendrier tournée au bon jour... Ça paraît tellement insignifiant vu de l'extérieur, mais croyez-moi, dans tout ce tumulte, ces petites attentions, peu de gens penseraient encore à les avoir.
Alors quand j'entends une cadre menacer une infirmière de la mettre en gériatrie long séjour parce qu'elle ne fait pas bien son travail, j'ai envie de hurler, de l'attraper par la queue de cheval et de faire du tourniquet avec.

Les soignantes en EHPAD resteront pour moi des héroïnes des temps modernes...

Cliquez sur ce lien pour un point de vue plus humoristique sur la gériatrie

samedi 8 décembre 2012

De l'autre côté du miroir, le plus "beau" jour de ma vie

Maternité.

 Ce Jour-là c'est moi la patiente. J'ai perdu les eaux, enfin! Mon terme est largement dépassé. Les contractions commencent doucement.
J'arrive aux urgences, on me prend en charge rapidement. Je n'ai pas le temps de dire ouf que la sage-femme me place, non sans douleur, des mèches de prostaglandine sur le col pour qu'il s'ouvre plus vite. Elle m'envoie en chambre, me dit d'essayer de ne pas revenir en salle de travail avant 8h du matin. Il est 23h.

Dans la chambre je suis toute seule. Docile, j'endure en silence les contractions de plus en plus douloureuses. Je souffre, je souffle...

7h du matin, une aide-soignante entre dans ma chambre. Enfin une présence humaine!
-"vous avez bien dormi?" me demande t-elle. La pauvre n'a pas pu avoir de transmissions puisque personne n'est venu vérifier que tout allait bien de la nuit.
-"j'ai trop mal pour dormir", lui expliqué-je.
-"oh mais si vous avez mal il faut descendre en salle!"

Je descend en salle, pliée en deux. La sage-femme arrive, me torture encore un peu et appelle l'anesthésiste. Il arrive, je lui dis qu'on avait convenu en consultation qu'il me fallait une péridurale en PCA (pompe).
-"PCEA" me reprend t-il, sur le ton d'un maître à une petite fille qui n'aurait pas bien appris ses leçons.
-"non, je n'en fais plus" continue t-il.
-"et pourquoi ça?" osé-je
-" je trouve que c'est pas assez efficace".
Mais je m'en fiche moi de sentir un peu la douleur, je veux pouvoir contrôler au moins ça !
Mais mon avis, je sens vite que je n'ai pas le droit de le donner.

Je suis un utérus sur pattes qu'on doit accoucher. Vite, si possible.

Le grand maître me pose donc la péridurale tout en m'expliquant qu'il finit sa garde de 24h et qu'il vient d'avoir 4 césariennes coup sur coup.

Une autre-sage femme arrive avec une étudiante. Elle me pose une perfusion de cyto pour accélérer le travail.
- "comme vous avez perdu les eaux, on ne peut pas trainer."
Je suis sur le lit d'accouchement. À ma tête un grand chariot à tiroirs étiqueté "kits d'épisiotomies". Faites moi rêver...

Je me sens mal. Ma tension chute dangereusement, je suis à deux doigts du malaise. Je ne sens absolument plus mes jambes. Sensation très angoissante. Je me demande comment je vais arriver à accoucher dans ces conditions.

Je demande à la sage-femme de baisser le débit de la péridurale.
-"vous êtes déjà au minimum Madame".
C'est pas possible, le grand maître m'a mis une dose de cheval!
-" alors éteignez la, je ne peux plus continuer comme ça", dis-je en le maudissant de m'avoir refusé la pompe.

Le temps passe, les contractions me font mal mais je préfère ça à la sensation que j'avais sous péri.

Midi, énième auscultation. La sage femme est de plus en plus sèche avec moi. Le travail n'est pas assez rapide à son goût.

16h, je ne suis "qu'à" 6. Elle s'agace.
-"vos contractions, elles sont pas supers!" me dit-elle sur un ton de reproche.
Le monitoring est bon.

Elle ameute l'obstétricien qui m'ausculte à son tour. Elle ne sait pas si je suis à 6 ou 7, ça dépend de si je suis en train de contracter ou non. Je deviens alors spectatrice d'un débat entre elle, la sage femme et l'étudiante sur mon degré de dilatation. Le tout en m'auscultant chacune plusieurs fois à tour de rôle. Adieu dignité.

-" bon Madame (c'est à moi qu'on s'adresse?), si dans 30 minutes vous n'êtes pas à 10, on vous fait une césarienne. Le bébé est trop haut".

Je sais que les dés sont déjà jetés. Je demande à la sage femme de me rallumer alors la péridurale en vue de la césarienne.
"- mais Madame, faudrait savoir si vous avez mal ou non!" s'énerve t-elle franchement. Je n'ai même plus la force de la rembarrer. Elle le sait. Autrement elle ne se permettrait pas de me traiter comme ça.

Je demande à mon mari, qui depuis le début assiste aussi impuissant que moi au spectacle, d'aller chercher le sac de naissance à l'étage. Il en a pour cinq minutes tout au plus.
À peine est t-il sorti, qu'ils arrivent tous dans ma chambre.
-" bon ça n'a pas bougé, on passe au bloc", ils m'embarquent sans attendre le retour de mon mari. C'est ma première opération, j'ai peur. Peur de l'hémorragie, peur des complications. Je ne l'ai même pas embrassé avant qu'il ne monte chercher les affaires.

Je me retrouve au bloc. On m'attache les mains. Je tremble de peur. Une femme essaye de me rassurer, me caresse le front. C'est le premier geste de réconfort depuis que j'ai mis les pieds dans cette maternité.

On m'ouvre. Je n'ai pas mal mais je sens absolument tout. Très étrange comme sensation. J'ai soudain peur que mon bébé soit mort, je ne peux plus attendre de l'entendre crier. Les secondes semblent durer une éternité.

Un cri. Ouf! Suivi d'un commentaire de l'obstétricien :-"Oulala !"
-" quoi, il y a un problème?"
-" non, c'est un beau bébé c'est tout".
Les minutes passent. À travers le rideau j'entends le bébé pleurer. Je ne sais pas ce qu'ils font, personne ne me dit rien.

Enfin ils me le montrent. 10 secondes. Il a des petits poils sur les oreilles. On l'emmène retrouver le papa le temps qu'on me recouse.

Salle de réveil. Le père est là avec le bébé en peau à peau. L'infirmière me le pose sur le ventre. Il essaye de téter mais n'y parvient pas.

Le père sort se remettre de ses émotions et prévenir famille et amis. Je suis seule. De violentes douleurs au ventre ressurgissent, encore plus forte que les contractions que j'ai endurées. Ma tension baisse, je n'ai plus de force. Sur moi, la petite bête gesticule et cri. Ne pas la lâcher, quoi qu'il arrive ne pas lâcher le bébé, me répété-je comme un mantra.

J'ai mal, c'est insupportable. Pas de sonnette à portée de main. Une ASH passe dans le couloir.
-" s'il vous-plaît, prenez le bébé je vais le faire tomber. J'ai maaaal!"

15 minutes plus tard l'infirmière revient:
-" on m'a dit que vous aviez mal, sur une échelle de un à 10 vous êtes à combien?"
Je maudis cette échelle. Je suis à 10 et bien au delà, mais je les imagine déjà m'étiqueter comme celle ayant le syndrome méditerranéen.
- "7" je réponds alors.
L'infirmière me regarde d'un air sévère. Et merde, j'ai pas donné la bonne réponse!
-"7 ! C'est pas possible! Vous être sûre? "
-"5 peut être?"
-"oui c'est mieux, vous devez être entre 4 et 5 je pense".
Je comprends alors que le protocole morphine ou prévenir l'anesthésiste doit être à partir d'une douleur à 5.

Elle revient avec une perfusion de paracétamol. J'ai envie de pleurer, ou de rire, je ne sais plus.

20h30. Il est temps de me remonter en chambre. Ça fait près de 48h que je n'ai pas dormi, près de 24 h que je n'ai pas bu. Nous sommes en plein été. Un infirmier arrive. Il m'explique que les brancardiers ne veulent pas me monter car ils estiment que c'était à l'équipe de jour de le faire. Il est désolé, me dit qu'il va le faire lui dés qu'il aura 5 minutes.
Lui comme moi savons qu'il n'aura pas 5 minutes. Lui comme moi savons que ce n'est pas à lui de faire ça.

21h, un brancardier accepte finalement de m'emmener dans ma chambre.

Je suis épuisée. Épuisée par la douleur, épuisée par la soif. Je suis humiliée. Aujourd'hui je n'ai pas été traitée comme une personne. On m'a déshumanisé. Totalement. Tellement que je ne ressens rien. Tellement que quand je regarde mon bébé dormir dans son berceau, j'ai du mal à avoir conscience que c'est le mien. J'ai du mal à me souvenir qu'aujourd'hui, pour la première fois je suis devenue maman. Qu'aujourd'hui je suis censée avoir vécu le plus beau jour de ma vie.

Cliquer ici pour savoir comment survivre à l'hôpital en tant que soignant





jeudi 29 novembre 2012

À l'hopital les économies finissent en bain de sang

Ou comment les economies à l'hopital peuvent mettre les patients en danger.



Les dangers des restrictions budgétaires à l'hopital

Service de chirurgie d'un CHU. La nuit. Seize patients, la moitié en isolement pour bactéries multirésistantes (infection nosocomiale? Le mot est tabou.)

Une infirmière, une étudiante. D'habitude il y a une aide-soignante, mais "ils" l'ont placée dans un autre service, la stagiaire pouvant faire son boulot.
 L'encadrement ? La responsabilité ? Ça demande du temps et du personnel alors autant s'asseoir sur ce coussin rempli de billets grâce à toutes ces petites économies. Il fait mal aux fesses le coussin, mais on met parfois un peu de temps pour s'en apercevoir.

Ce soir là, j'ai entre autre une perfusion d'antibio à poser. Soin banal, ordinaire. De ces soins les plus dangereux finalement tant on le fait par automatisme.

 Je vais voir mon patient, allume la veilleuse et pose la perfusion en Y sur le robinet. On papote un peu, de tout de rien, la nuit, loin des tumultes de la journées, les angoisses reprennent le dessus et les langues se démêlent. Je m'apprête à quitter la chambre du patient quand soudain ce dernier m'interpelle : " qu'est ce qu'il se passe ? C'est normal ça ?" Il me montre son bras, du sang remonte dans la tubulure jusqu'au robinet.

J'accoure, je clampe tout, essaye de comprendre d'où vient le problème: le patient n'a pas malencontreusement été perfusé en artériel (si, si ça arrive!), la tubulure est bien vissée au bout du robinet. Tout à l'air d'être en place. J'allume la grande lumière pour y voir plus clair, et là je vois l'étendu des dégâts : de grosses tâches de sang sur le lit, une marre de sang sur le sol. Je ne sais pas qui de moi ou du patient est le plus blême. Je le déperfuse, prend ses constantes, le surveille: le patient se porte bien.

Dans le poste de soins, j'examine "à la loupe" le dispositif de perfusion : là au niveau du robinet, sur la partie en plastique dur, une minuscule fissure et un trou. Le robinet était cassé, créant un appel d'air qui aspirait le sang du patient. Je suis survoltée, nous avions déjà signalé que ces nouvelles tubulures, achetées quelques centimes moins chères que les précédentes, étaient de mauvaise qualité, le débit soit trop lent, soit trop rapide étant impossible à régler correctement. Je fais part de l'incident à la cadre qui ne veut rien savoir, c'est moi qui ne sait pas me servir d'un robinet et qui l'ai cassé. C'est vrai que j'ai l'air d'une grosse brute avec mes 50 kg toute mouillée et j'ai certainement la force de Hulk puisqu'on attend de moi que je mobilise toute seule des patients de 150 kg. Quand bien même avais-je cassé le robinet, est ce normal qu'un dispositif médical puisse se détériorer si facilement sans que l'on s'en apperçoive ? On s'en fou c'est le moins chère!

Et si je n'étais pas restée avec le patient ce soir là ? S'il s'était endormi sans se rendre compte de rien ? S'il avait fait un malaise avant de pouvoir m'appeler ? Je l'aurai retrouvé quelques heures plus tard, mort, gisant dans son sang. Tout ça pour un micro-trou dans un robinet de tubulure. Tout ça pour quelques économies aux dépens de notre santé et de notre sécurité.

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lundi 26 novembre 2012

Les infirmiers ont-ils du cœur ?

Ou comment les infirmiers parviennent-ils à supporter la souffrance de l'autre ?


Le coeur des infirmiers


À chaque concours d'entrée en IFSI, les étudiants expliquent invariablement quand on leur demande leurs motivations qu'ils veulent être infirmier pour le côté humain du métier, parce qu'ils aiment aider les gens.

Souvent quand les gens apprennent notre métier ils nous disent des choses comme "vous avez du courage", "heureusement qu'il y a des gens comme vous" et le classique "vous faites un beau métier...moi je ne pourrais pas".
Toutes ces louanges en deviennent tantôt gênantes, parfois exaspérantes, même si au fond un petit compliment ça fait toujours plaisir.

Un jour une patiente m'a dit quelque chose d'assez inhabituel : " je ne comprends pas comment vous pouvez vouloir être infirmière, il faut vraiment ne pas avoir de cœur pour supporter toute cette douleur et cette souffrance".

Cette phrase m'a fait l'effet d'un électrochoc.
J'y repense souvent. Quelle genre de personne suis-je pour effectivement supporter tout ça?

Dans ce lien, un regard sur le personnel soignant à la place du patient

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dimanche 25 novembre 2012

C'est bien connu les infirmieres sont toutes des cochonnes


Le fantasme de l'infirmiere a la vie dure


Scène de violence ordinaire sur fond de misère sociale à l'hôpital.

Service de médecine, de plus en plus service d'hébergement .
On reçoit un patient sdf comme tant d'autre. Il vient d'Europe de l'Est, a espéré que l'herbe serait plus verte à l'Ouest. Il ne parle pas français mais a tellement vagabondé pour fuire la misère qu'il arrive à se débrouiller en allemand et italien. On va se débrouiller.

Il est plutôt jeune, a été admis pour une plaie au visage qui s'infectait méchamment. Après trois mois de travail au noir, plus de 14 h par jour sur des chantiers, son boss lui a dit qu'il ne pouvait pas le payer. Parfait exemple d'esclavage moderne au pays des droits de l'Homme. Ça s'est finit en bagarre, il a terminé à l'hôpital.

Ça c'était pour poser le tableau.
 Mais que viennent faire les infirmières cochonnes là dedans me direz-vous? Ne soyez pas si impatients, j'y arrive.

Donc ce patient, on lui fait tout un tas de bilans sanguins dont une sérologie VIH-HVC. Le problème c'est qu'il faut obtenir un consentement éclairé du patient pour ce genre de tests et qu'avec la barrière de la langue, c'est pas évident de lui expliquer au monsieur. Je parviens à mes fins après moult dessins et explications avec mes restes d'allemand et de yaourt italien. Il à l'air d'avoir compris et accepte le test. Il est particulièrement agréable avec moi, naïvement je pense qu'il a apprécié que je prenne le temps de lui donner des explications.

 Ce n'est que le lendemain, quand sa petite amie a débarqué complètement hystérique dans le service, me jetant une bouteille de bière au visage que mon cerveau a commencé à faire tilt. Très vite la cadre intervient et tente de calmer la dame, lui demande ce qu'il la met en colère : " c'est l'infirmière, elle baise avec mon mari! " j'en reste les bras ballants, la cadre lui demande ce qui lui fait dire ça : " elle a fait le test du sida à mon copain pour savoir si elle pouvait le faire sans risques! " Autant dire que je ne me suis plus occupé de ce patient.

Ps: pour ceux qui auraient tapé infirmières cochonnes sur Google, désolée, vous devez être déçus !
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Je n'ai pas le temps pour que vous mourriez aujourd'hui

Ou comment prendre correctement soin d'un patient en fin de vie quand on est débordé de travail ?

Je suis exploitable, heu, infirmière à domicile.
J'ai un patient qui est condamné, une douloureuse maladie iatrogène.
Tous les jours je me demande dans quel état je vais le retrouver. Son état se dégrade lentement, je l'ai connu en forme sur ses deux jambes pour finir grabataire. Ce matin là, comme tous les matins, c'est sa compagne qui m'ouvre la porte. Mais ce matin elle tremble, elle pleure : " c'est la fin " me dit-elle.
Elle a des cernes jusqu'au menton, elle l'a veillé toute la nuit dans l'angoisse de l'attente du dernier souffle. Elle a appelé le médecin de garde qui lui a prescrit un bilan sanguin, un ECBU avec antibiogramme à faire le Lundi. Nous sommes Samedi. En raison de sa maladie, le monsieur ne peut prendre aucun médicament.

Je vais voir le patient, il est dans le coma, une tension à 6 et un pouls à 40 qui n'essaye même plus de compenser l'hypotension. Le beau-fils arrive, rassure sa mère sur le fait que son compagnon va survivre. Elle me regarde de ses grands yeux tristes, attend une réponse de ma part. Une réponse que mon statut m'interdit de donner. Seul un médecin peut se prononcer sur le pronostic vital d'un patient.

Ne sachant plus que faire pour son compagnon, elle me demande si on peut le réveiller pour le mettre au fauteuil. Elle pense que ça lui fera du bien. Comment lui dire l'indicible ? Je lui dis qu'au moins quand il dort il ne ressent pas la douleur de sa maladie, alors mieux vaut le laisser au lit. Je me sens plus que nulle. Je voudrais rester avec cette dame et son fils, les accompagner jusqu'à la fin.

Je sors pour téléphoner au chef et lui faire part de la situation, il me reste une dizaine de patients à voir, ne peut-on pas trouver une solution pour que je reste avec cette petite famille ? Réponse négative, personne pour me remplacer. Tout ce qu'il peut faire c'est prendre rendez-vous avec l'équipe de soins palliatifs. Une équipe inconnue, sur les épaules de laquelle la compagne n'osera certainement pas pleurer. Une équipe débordée qui arrivera sans doute trop tard.

Je retourne chez mon patient. Je reste un maximum de temps, quand je sors il respire toujours mais je sais que c'est la dernière fois que je le vois.
Il est mort le lendemain matin et laissera à vie dans un coin de ma tête un sentiment d'impuissance, de colère de ne même pas avoir le temps d'être là dans les moments les plus difficiles, la certitude d'être par la force des choses une mauvaise infirmière.

Découvrez ici un autre témoignage sur la prise en charge d'une patiente en fin de vie

dimanche 11 novembre 2012

La ronronthérapie

Ou comment les chats peuvent participer aux soins de confort des malades en fin de vie.

Les ronrons d'un chat seront toujours plus efficaces que la curette d'une infirmiere

C'est une dame très âgée à qui je dois rendre visite tous les jours pour refaire un pansement.
Elle vit seule sur un lit d'hôpital au milieu de son salon.
Elle ne peut presque plus bouger ni parler, les AVC ont eu raison de sa santé.
Autour d'elle, de multiples photos témoignent de sa vie d'avant : une belle dame, active, entourée d'une famille et d'amis aimants.
Elle a encore son regard bleu perçant.

Je me demande ce qu'elle ressent, ce qu'elle entend, ce qu'elle comprend de sa situation.
Des mois qu'elle est immobilisée dans son lit, aucun espoir d'amélioration de sa santé.
Alors tous les jours j'essaye de lui faire la conversation même si je n'ai pas de réponse.
Je lui parle de la pluie, du beau temps, de l'actualité. Parfois son regard s'illumine et m'encourage à continuer ce monologue difficile.

Un jour, je retrouve ma Dame comme d'habitude dans son lit mais accompagnée d'un compagnon à moustaches : son chat.
 Il est là, allongé sur son ventre, tout ronron, les yeux plongés dans les siens. J'hésite un quart de seconde puis me ravise : pas de pansement aujourd'hui, ça attendra demain. Je ne veux pas chasser le chat, je suis convaincue que ses câlins et ses ronronnements sont mille fois plus bénéfiques pour elle que ma torture quotidienne, et vue son état général, le confort doit primer sur le reste.

J'explique ma décision à ma patiente, espérant qu'elle me comprenne.
Elle me regarde, me tend difficilement son seul bras valide, m'agrippe la main et me l'embrasse.
Plus de doute, elle m'a comprise.
Plus de doute, j'ai fais le bon choix.

Bien sûr je n'ai pas respecté le protocole et certains de mes chers collègues n'hésiteront pas à dénoncer mon manque de professionnalisme au "chef".
Mais franchement, qu'auriez- vous fait à ma place?

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