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lundi 17 décembre 2012

Infirmier SDF

Ou comment se loger à paris et en Ile-de -France avec un salaire infirmier ?

Paris et sa magnifique architecture

Infirmier à Paris cherche logement sans rats, sans cafards et sans fuites d'eau (minimum de salubrité demandé en raison des exigences d'hygiène du métier). Si possible avec douche et wc à l'intérieur pour se débarrasser efficacement des divers virus et bactéries importés de l'hôpital. Idéalement situé à 1h maximum de la capitale en raison des horaires décalés. Coupe-gorge exclu, ayant eu son lot d'agressions physiques, verbales et psychiques sur son lieu de travail. Loyer maximum à 500 euros charges comprises, soit 1/3 du salaire conformément à la Loi Boutin. Bailleurs de boxes ou de garages s'abstenir. proposition de van aménagé ou place de camping à réfléchir.

Ba dis donc il est exigeant celui-là!

Je suis étonnée de ne pas être encore tombée sur une annonce de ce genre. Ça ne saurait tarder. La flambée de l'immobilier est un réel problème pour la profession infirmière dont le salaire ne permet plus de se loger dans certaines grandes villes, voire dans toute une région (île De France). Il va sans dire que les infirmiers sont bien trop "riches" pour bénéficier d'un logement social
d'où peut-être l'exode en Suisse de certains soignants français.
Je me souviens avoir évoqué ma réticence à "m'engager" pour l'APHP auprès d'une directrice de soins pour cette raison.

Pas de problème, vous appelez ce numéro de ma part et dés que vous signez je m'engage à ce qu'on vous affecte un appartement !

En voilà une nouvelle qu'elle est bonne, mais à moi on ne me la fait pas, ça sent le fécalome à plein nez !
À tout hasard j'appelle le numéro magique. Une femme me répond sur un ton blasé, je l'imagine à l'autre bout du fil, dans son bureau poussiéreux, habillée Camif de la tête au pied (oui j'ai décidé qu'elle n'avait qu'un pied): les dits appartements sont des studios de 20m2, pour en bénéficier il faut être célibataire, sans enfant et sans chat (on tolérera exceptionnellement Raoul le poisson rouge), il ne faut avoir aucune famille dans la région et nous sommes priés de quitter les lieux six mois plus tard, un an avec dérogation. Loyer 450 euros.
Quelle sélection pour l'administration française qui est censée posséder le plus gros patrimoine immobilier ! Il faut dire que nous sommes tellement nombreux à être à la rue qu'il a bien fallu poser des critères.
Alors comment faire ?
Épouser un homme/femme riche ? So rétro, so pathétique
ma chère Monique
La colocation ? Ça va un temps mais à trente ans se faire un remake quotidien de L'auberge Espagnole, très peu pour moi.
Retourner vivre chez les parents ? Pas de remake, on a dit pas de remake, Tanguy non merci!
Vivre en Normandie/Picardie/Eure et Loire ? C'est possible (bien qu'épuisant au niveau du temps de transports) quand on a des horaires de bureau.
Partir ? C'est encore la seule solution envisageable, encore faut-il trouver du boulot ( cf Les infirmiers au chômage )

On a longtemps parler d'exode rural, préparez vous à l'exode urbain (les infirmiers n'étant bien entendu pas les seules à s'asphyxier le porte-monnaie dans les grandes villes).
À l'heure où Marisol Touraine tente de convaincre les médecins de s'installer dans les déserts médicaux à grands coups de billets, elle ne voit et ne prévoit pas la fuite des infirmiers vers des endroits où leur salaire leur permettra de vivre et non de survivre.
L'APHP, qui se réveille dix ans trop tard, commence à plancher sur le sujet comme vous pouvez le voir dans l'article mis en lien ci- dessous:
Des logements pour les infirmières de l'APHP
Mais attendez une minute...
N'est-ce pas l'APHP qui a revendu une grande partie de son patrimoine immobilier en 2011?
N'est-ce pas l'APHP qui préfère attribuer ses vrais appartements à ses plus hauts fonctionnaires, laissant les infirmières, aides-soignantes et tous les "bas salaires" de l'hôpital sur le trottoir?

Espérons une prise de conscience rapide, pas seulement de notre institution mais de tout le gouvernement. Une réelle baisse des loyers, une interdiction de la spéculation immobilière par les riches investisseurs, spéculation qui met tous les jours plus de gens dehors. Si des mesures ne sont pas prises maintenant, certains le paieront chers dans 10 ans et pas forcément ceux qu'on croit...imaginez un peu toute une région de cols blancs... Plus de professions intermédiaires, plus de services, plus d'ouvriers...Ils devront alors nous payer à prix d'or pour qu'on revienne travailler auprès d'eux. Ils se rendront vite compte que sans tous les corps de métiers, plus de travail possible, donc plus de fric. Plus personne pour entretenir les routes, les bureaux, plus d'écoles, plus de crèches, plus de bus, de train, de nounous, de restaurateurs... Tous les mal payés, enfin surtout mal logés auront fuit la capitale. Paris ressemblera à....oh mon Dieu...au Luxembourg ! En plus pollué....

Alors Messieurs les énarques, pour une fois voyez un peu plus loin que la fin de votre mandat, si vous voulez faire de vraies économies à long terme, il va falloir mettre la main au porte-monnaie maintenant et permettre aux nouvelles générations franciliennes appartenant aux classes moyennes et ouvrières de se loger.

Cliquez ici pour visionner les méthodes de propagande de l'APHP


 

dimanche 25 novembre 2012

C'est bien connu les infirmieres sont toutes des cochonnes


Le fantasme de l'infirmiere a la vie dure


Scène de violence ordinaire sur fond de misère sociale à l'hôpital.

Service de médecine, de plus en plus service d'hébergement .
On reçoit un patient sdf comme tant d'autre. Il vient d'Europe de l'Est, a espéré que l'herbe serait plus verte à l'Ouest. Il ne parle pas français mais a tellement vagabondé pour fuire la misère qu'il arrive à se débrouiller en allemand et italien. On va se débrouiller.

Il est plutôt jeune, a été admis pour une plaie au visage qui s'infectait méchamment. Après trois mois de travail au noir, plus de 14 h par jour sur des chantiers, son boss lui a dit qu'il ne pouvait pas le payer. Parfait exemple d'esclavage moderne au pays des droits de l'Homme. Ça s'est finit en bagarre, il a terminé à l'hôpital.

Ça c'était pour poser le tableau.
 Mais que viennent faire les infirmières cochonnes là dedans me direz-vous? Ne soyez pas si impatients, j'y arrive.

Donc ce patient, on lui fait tout un tas de bilans sanguins dont une sérologie VIH-HVC. Le problème c'est qu'il faut obtenir un consentement éclairé du patient pour ce genre de tests et qu'avec la barrière de la langue, c'est pas évident de lui expliquer au monsieur. Je parviens à mes fins après moult dessins et explications avec mes restes d'allemand et de yaourt italien. Il à l'air d'avoir compris et accepte le test. Il est particulièrement agréable avec moi, naïvement je pense qu'il a apprécié que je prenne le temps de lui donner des explications.

 Ce n'est que le lendemain, quand sa petite amie a débarqué complètement hystérique dans le service, me jetant une bouteille de bière au visage que mon cerveau a commencé à faire tilt. Très vite la cadre intervient et tente de calmer la dame, lui demande ce qu'il la met en colère : " c'est l'infirmière, elle baise avec mon mari! " j'en reste les bras ballants, la cadre lui demande ce qui lui fait dire ça : " elle a fait le test du sida à mon copain pour savoir si elle pouvait le faire sans risques! " Autant dire que je ne me suis plus occupé de ce patient.

Ps: pour ceux qui auraient tapé infirmières cochonnes sur Google, désolée, vous devez être déçus !
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Vous aimerez peut-être ce lien : discrimination sexuelle à l'hôpital

Les infirmiers au chômage


Qui a dit que les infirmieres ne connaissaient pas la crise ?

Pôle emploi : le nouveau quartier général des infirmières


Une rumeur qui enfle


Il circule des bruits bien étranges : de plus en plus d'infirmiers seraient au chômage. Dans ma région ce n'est pas le cas, normal personne ne veut y habiter et le salaire d'un infirmier ne permet même pas de se louer un studio de 12 m² . Mais voilà, de région j'avais justement prévu d'en changer, pour aller vivre dans une ville à taille humaine, ne plus dormir dans le salon, pouvoir me payer le chauffage quand il fait froid, manger autre chose que des pâtes et ne plus passer 10 h par semaines (quand tout va bien) dans les transports le nez à hauteur d'aisselles et le popotin à hauteur de mains. Bref rien d'extravagant comme projet, juste le minimum syndical que mériterait toute personne qui bosse.


Je me disais qu'avec mon boulot, à part peut être en Bretagne, je n'aurai pas de mal à trouver ailleurs. J'ai commencé par faire des recherches du côté de l'énorme CHRU de la ville que je convoitais : pas de postes. Je regarde les cliniques: pas de postes. Les Epahd ? Oui quelques postes avec les conditions que vous connaissez. Oh une offre pour bosser en entreprise! Oh 15000 euros brut par an! Oh mais ça ferait pas moins de 1000 net par mois ça? Je serai mieux payée chez Mcdo.

Je commence à sérieusement m'inquiéter quand je tombe sur deux articles sur un célèbre site de la communauté infirmière : il y a bien du chômage dans notre métier. Sur le forum du même site, des tas de membres disent ne pas trouver de travail. Sur Facebook un groupe est créé. Je tombe des nues, je ne comprends pas. La population n'est t-elle pas vieillissante ? Ne parle t-on pas partout de conditions désastreuses de travail dans les hôpitaux à cause du manque de personnel? 


À qui la faute ?

Si, et c'est de plus en plus le cas. Mais s'il y a bien une profession qu'on peut maltraiter sans bruit, c'est la notre. Les infirmiers ont accepté pendant des années de faire le travail pour deux voire trois personnes, de remplacer au passage le brancardier, l'ASH et la secrétaire. On les use jusqu'à la moelle, mais victimes de leur conscience professionnelle, ils continuent à courber l'échine parce qu'au bout de cette machine infernale il y a un patient qui souffre. Alors les structures de soins ont pris l'habitude à ce que le travail de trois personnes soit fait par une seule. Dans ce cas pourquoi embaucher ? Le travail risquerait-il d'être mal fait si on n'embauchait pas ? C'est pas grave on fera des économies. Se pourrait t-il que l'insuffisance de personnel soignant augmente le taux d'erreurs médicales conduisant au décès? Pas grave, notre larbin ira en prison et on en embauchera un tout frais corvéable à merci, bien trop content de trouver du travail. On pourra même baisser son salaire au passage. 


Un effet pervers qui profite à nos directions des soins

Effet domino, les infirmiers ne trouvant pas de travail postulent pour des postes d'aides-soignants, ces derniers risquant alors aussi de ne plus trouver de travail.
Encore plus pervers, les directeurs de soins jubilent de cette situation et se font un plaisir d'embaucher un infirmier en tant qu'AS , il coûte moins cher et le malheureux encore et toujours appitoyé sur le sort des patients ne pourra s'empêcher de faire en plus le travail de l'infirmier manquant.

Les hôpitaux ont trouvé la bonne manœuvre : pour le salaire d'un aide-soignant vous avez un aide-soignant et un infirmier ( et une femme de ménage, un brancardier, une secrétaire...)

Comment ont-ils reussi à faire accepter aux infirmiers cette situation ?

Connaissez-vous l'histoire de la marmite qui chauffe?
C'est une grenouille qu'on plonge dans une marmite d'eau froide. On pose la marmite sur un feu très doux. L'eau chauffe de plus en plus mais tellement lentement que cette pauvre grenouille s'y habitue et ne voit pas le danger arriver. Elle meurt ébouillantée.
Nous sommes exactement comme cette grenouille, à accepter de plus en plus de choses. Nous sommes en partie responsable de cette situation car qui ne dit rien consent. Il est grand temps de se réveiller chers collègues, exigeons un nombre de patients maximum par infirmier dans tous les services, refusons de faire le travail des autres, ne faisons plus d'heures supplémentaires ou alors payées en tant que telles et volontairement
. Il faut une action coup de poing, il faut faire le buzz. Pas le droit de grève? N'allez pas au travail avec une pancarte en grève sur le dos, mais allez travailler avec une blouse de patient sur le dos. Car oui ce système est en train de nous tuer à petit feu, de nous rendre malades et par la même occasion nous empêche de soigner ceux qui en ont besoin.
Les infirmiers ont une espérance de vie de sept à huit ans inférieure à la population générale, à ce rythme là notre espérance de vie va encore diminuer.
Élevons nos voix avant qu'il ne soit trop tard!

La région parisienne ne sera jamais touchée par le chômage infirmier, découvrez ici pourquoi

dimanche 11 novembre 2012

La ronronthérapie

Ou comment les chats peuvent participer aux soins de confort des malades en fin de vie.

Les ronrons d'un chat seront toujours plus efficaces que la curette d'une infirmiere

C'est une dame très âgée à qui je dois rendre visite tous les jours pour refaire un pansement.
Elle vit seule sur un lit d'hôpital au milieu de son salon.
Elle ne peut presque plus bouger ni parler, les AVC ont eu raison de sa santé.
Autour d'elle, de multiples photos témoignent de sa vie d'avant : une belle dame, active, entourée d'une famille et d'amis aimants.
Elle a encore son regard bleu perçant.

Je me demande ce qu'elle ressent, ce qu'elle entend, ce qu'elle comprend de sa situation.
Des mois qu'elle est immobilisée dans son lit, aucun espoir d'amélioration de sa santé.
Alors tous les jours j'essaye de lui faire la conversation même si je n'ai pas de réponse.
Je lui parle de la pluie, du beau temps, de l'actualité. Parfois son regard s'illumine et m'encourage à continuer ce monologue difficile.

Un jour, je retrouve ma Dame comme d'habitude dans son lit mais accompagnée d'un compagnon à moustaches : son chat.
 Il est là, allongé sur son ventre, tout ronron, les yeux plongés dans les siens. J'hésite un quart de seconde puis me ravise : pas de pansement aujourd'hui, ça attendra demain. Je ne veux pas chasser le chat, je suis convaincue que ses câlins et ses ronronnements sont mille fois plus bénéfiques pour elle que ma torture quotidienne, et vue son état général, le confort doit primer sur le reste.

J'explique ma décision à ma patiente, espérant qu'elle me comprenne.
Elle me regarde, me tend difficilement son seul bras valide, m'agrippe la main et me l'embrasse.
Plus de doute, elle m'a comprise.
Plus de doute, j'ai fais le bon choix.

Bien sûr je n'ai pas respecté le protocole et certains de mes chers collègues n'hésiteront pas à dénoncer mon manque de professionnalisme au "chef".
Mais franchement, qu'auriez- vous fait à ma place?

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