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lundi 24 décembre 2012

Les chants de Noel à l'hopital résonnent sur des airs de blues




Reproduire la magie de Noel à l'hopital : une utopie ?


Autant qu'on se le dise tout de suite, le père Noël ne passera pas par l'hôpital. Il ne viendra pas pour la simple et bonne raison que chez nous, la cheminée mène tout droit au crématorium.

Et pourtant on n'en n'aurait bien besoin. Nous sommes tellement laissés pour compte qu'il est bien le seul aujourd'hui qui pourrait nous apporter une petite étincelle d'espoir. La promesse que demain on nous donnera les moyens de pouvoir continuer à prendre soin de vous, de vos familles dignement.

Ce soir à l'hôpital, les soignants tenteront en vain, hélas, de reproduire la magie de Noël. Quelques décorations parsemées, un bon repas pris entre deux sonnettes. Peut- être que quelqu'un pensera à apporter des chandelles ?
Mais au fond de chacun, le cœur n'est pas à la fête. Il y a celui qui, encore une fois, ne verra pas le regard de ses enfants s'illuminer devant leurs cadeaux. Il y a celle qui aimerait être avec sa mère malade pour qui c'est certainement le dernier Noël.
Et puis il y a les patients et leur famille, l'âme en peine de ne pas être dans la chaleur de leur foyer.
Dans la chambre au fond du couloir l'un d'entre eux rend son dernier souffle. Joyeux Noël.

Petit Papa Noël, laisse moi te donner une astuce : tu ne peux pas passer par la cheminé, mais rien ne t'empêche de prendre les escaliers.

dimanche 9 décembre 2012

Le secret medical ne tient qu'à un fil

les infirmieres et le telephone : une grande histoire de haine

Vendredi 7 Décembre, Jacintha Saldanha a été retrouvée morte dans son appartement. L'autopsie n'a pas encore eu lieu mais la thèse du suicide est la plus probable.

Jacintha c'est une infirmière. Victime d'un canular téléphonique par deux animateurs radio australiens, elle a transmis un appel, pensant avoir en ligne la Reine qui prenait des nouvelles de sa belle petite-fille, Kate Middleton, hospitalisée pour sa grossesse.

Je ne suis pas là pour écrire l'actualité, mais ce malheureux fait divers m'a plongé dans un sentiment de malaise.

À l'hôpital, c'est quotidiennement que nous donnons des nouvelles des patients hospitalisés par téléphone à leur famille.
Bien sûr, la plupart de nos patients ne sont pas des Kate Middleton et autres célébrités, ce qui diminue le risque d'appels malveillants.
Mais nous ne sommes pas à l'abris de nous retrouver malgré nous complices de manigances familiales, de ragots malsains, d'assureurs malhonnêtes.

Comment faire pour être certain de ne jamais trahir le secret médical ?

- Ne donner aucune nouvelles par téléphone ?
En théorie oui, en pratique s'interdire de rassurer une épouse angoissée sur l'opération que vient de subir son mari semble irréalisable.

- Demander au patient de désigner un interlocuteur unique, ce dernier ayant un mot de passe pour prouver son identité au téléphone ?
Ça peut être une idée, simple à mettre en place et qui aurait aussi le mérite de limiter le nombre d'appels en service.

Vous, comment réagissez-vous aux appels des proches du patient ?

Une pensée pour Jacintha. Je reste persuadée que ce canular n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.


samedi 8 décembre 2012

De l'autre côté du miroir, le plus "beau" jour de ma vie

Maternité.

 Ce Jour-là c'est moi la patiente. J'ai perdu les eaux, enfin! Mon terme est largement dépassé. Les contractions commencent doucement.
J'arrive aux urgences, on me prend en charge rapidement. Je n'ai pas le temps de dire ouf que la sage-femme me place, non sans douleur, des mèches de prostaglandine sur le col pour qu'il s'ouvre plus vite. Elle m'envoie en chambre, me dit d'essayer de ne pas revenir en salle de travail avant 8h du matin. Il est 23h.

Dans la chambre je suis toute seule. Docile, j'endure en silence les contractions de plus en plus douloureuses. Je souffre, je souffle...

7h du matin, une aide-soignante entre dans ma chambre. Enfin une présence humaine!
-"vous avez bien dormi?" me demande t-elle. La pauvre n'a pas pu avoir de transmissions puisque personne n'est venu vérifier que tout allait bien de la nuit.
-"j'ai trop mal pour dormir", lui expliqué-je.
-"oh mais si vous avez mal il faut descendre en salle!"

Je descend en salle, pliée en deux. La sage-femme arrive, me torture encore un peu et appelle l'anesthésiste. Il arrive, je lui dis qu'on avait convenu en consultation qu'il me fallait une péridurale en PCA (pompe).
-"PCEA" me reprend t-il, sur le ton d'un maître à une petite fille qui n'aurait pas bien appris ses leçons.
-"non, je n'en fais plus" continue t-il.
-"et pourquoi ça?" osé-je
-" je trouve que c'est pas assez efficace".
Mais je m'en fiche moi de sentir un peu la douleur, je veux pouvoir contrôler au moins ça !
Mais mon avis, je sens vite que je n'ai pas le droit de le donner.

Je suis un utérus sur pattes qu'on doit accoucher. Vite, si possible.

Le grand maître me pose donc la péridurale tout en m'expliquant qu'il finit sa garde de 24h et qu'il vient d'avoir 4 césariennes coup sur coup.

Une autre-sage femme arrive avec une étudiante. Elle me pose une perfusion de cyto pour accélérer le travail.
- "comme vous avez perdu les eaux, on ne peut pas trainer."
Je suis sur le lit d'accouchement. À ma tête un grand chariot à tiroirs étiqueté "kits d'épisiotomies". Faites moi rêver...

Je me sens mal. Ma tension chute dangereusement, je suis à deux doigts du malaise. Je ne sens absolument plus mes jambes. Sensation très angoissante. Je me demande comment je vais arriver à accoucher dans ces conditions.

Je demande à la sage-femme de baisser le débit de la péridurale.
-"vous êtes déjà au minimum Madame".
C'est pas possible, le grand maître m'a mis une dose de cheval!
-" alors éteignez la, je ne peux plus continuer comme ça", dis-je en le maudissant de m'avoir refusé la pompe.

Le temps passe, les contractions me font mal mais je préfère ça à la sensation que j'avais sous péri.

Midi, énième auscultation. La sage femme est de plus en plus sèche avec moi. Le travail n'est pas assez rapide à son goût.

16h, je ne suis "qu'à" 6. Elle s'agace.
-"vos contractions, elles sont pas supers!" me dit-elle sur un ton de reproche.
Le monitoring est bon.

Elle ameute l'obstétricien qui m'ausculte à son tour. Elle ne sait pas si je suis à 6 ou 7, ça dépend de si je suis en train de contracter ou non. Je deviens alors spectatrice d'un débat entre elle, la sage femme et l'étudiante sur mon degré de dilatation. Le tout en m'auscultant chacune plusieurs fois à tour de rôle. Adieu dignité.

-" bon Madame (c'est à moi qu'on s'adresse?), si dans 30 minutes vous n'êtes pas à 10, on vous fait une césarienne. Le bébé est trop haut".

Je sais que les dés sont déjà jetés. Je demande à la sage femme de me rallumer alors la péridurale en vue de la césarienne.
"- mais Madame, faudrait savoir si vous avez mal ou non!" s'énerve t-elle franchement. Je n'ai même plus la force de la rembarrer. Elle le sait. Autrement elle ne se permettrait pas de me traiter comme ça.

Je demande à mon mari, qui depuis le début assiste aussi impuissant que moi au spectacle, d'aller chercher le sac de naissance à l'étage. Il en a pour cinq minutes tout au plus.
À peine est t-il sorti, qu'ils arrivent tous dans ma chambre.
-" bon ça n'a pas bougé, on passe au bloc", ils m'embarquent sans attendre le retour de mon mari. C'est ma première opération, j'ai peur. Peur de l'hémorragie, peur des complications. Je ne l'ai même pas embrassé avant qu'il ne monte chercher les affaires.

Je me retrouve au bloc. On m'attache les mains. Je tremble de peur. Une femme essaye de me rassurer, me caresse le front. C'est le premier geste de réconfort depuis que j'ai mis les pieds dans cette maternité.

On m'ouvre. Je n'ai pas mal mais je sens absolument tout. Très étrange comme sensation. J'ai soudain peur que mon bébé soit mort, je ne peux plus attendre de l'entendre crier. Les secondes semblent durer une éternité.

Un cri. Ouf! Suivi d'un commentaire de l'obstétricien :-"Oulala !"
-" quoi, il y a un problème?"
-" non, c'est un beau bébé c'est tout".
Les minutes passent. À travers le rideau j'entends le bébé pleurer. Je ne sais pas ce qu'ils font, personne ne me dit rien.

Enfin ils me le montrent. 10 secondes. Il a des petits poils sur les oreilles. On l'emmène retrouver le papa le temps qu'on me recouse.

Salle de réveil. Le père est là avec le bébé en peau à peau. L'infirmière me le pose sur le ventre. Il essaye de téter mais n'y parvient pas.

Le père sort se remettre de ses émotions et prévenir famille et amis. Je suis seule. De violentes douleurs au ventre ressurgissent, encore plus forte que les contractions que j'ai endurées. Ma tension baisse, je n'ai plus de force. Sur moi, la petite bête gesticule et cri. Ne pas la lâcher, quoi qu'il arrive ne pas lâcher le bébé, me répété-je comme un mantra.

J'ai mal, c'est insupportable. Pas de sonnette à portée de main. Une ASH passe dans le couloir.
-" s'il vous-plaît, prenez le bébé je vais le faire tomber. J'ai maaaal!"

15 minutes plus tard l'infirmière revient:
-" on m'a dit que vous aviez mal, sur une échelle de un à 10 vous êtes à combien?"
Je maudis cette échelle. Je suis à 10 et bien au delà, mais je les imagine déjà m'étiqueter comme celle ayant le syndrome méditerranéen.
- "7" je réponds alors.
L'infirmière me regarde d'un air sévère. Et merde, j'ai pas donné la bonne réponse!
-"7 ! C'est pas possible! Vous être sûre? "
-"5 peut être?"
-"oui c'est mieux, vous devez être entre 4 et 5 je pense".
Je comprends alors que le protocole morphine ou prévenir l'anesthésiste doit être à partir d'une douleur à 5.

Elle revient avec une perfusion de paracétamol. J'ai envie de pleurer, ou de rire, je ne sais plus.

20h30. Il est temps de me remonter en chambre. Ça fait près de 48h que je n'ai pas dormi, près de 24 h que je n'ai pas bu. Nous sommes en plein été. Un infirmier arrive. Il m'explique que les brancardiers ne veulent pas me monter car ils estiment que c'était à l'équipe de jour de le faire. Il est désolé, me dit qu'il va le faire lui dés qu'il aura 5 minutes.
Lui comme moi savons qu'il n'aura pas 5 minutes. Lui comme moi savons que ce n'est pas à lui de faire ça.

21h, un brancardier accepte finalement de m'emmener dans ma chambre.

Je suis épuisée. Épuisée par la douleur, épuisée par la soif. Je suis humiliée. Aujourd'hui je n'ai pas été traitée comme une personne. On m'a déshumanisé. Totalement. Tellement que je ne ressens rien. Tellement que quand je regarde mon bébé dormir dans son berceau, j'ai du mal à avoir conscience que c'est le mien. J'ai du mal à me souvenir qu'aujourd'hui, pour la première fois je suis devenue maman. Qu'aujourd'hui je suis censée avoir vécu le plus beau jour de ma vie.

Cliquer ici pour savoir comment survivre à l'hôpital en tant que soignant





lundi 26 novembre 2012

Les infirmiers ont-ils du cœur ?

Ou comment les infirmiers parviennent-ils à supporter la souffrance de l'autre ?


Le coeur des infirmiers


À chaque concours d'entrée en IFSI, les étudiants expliquent invariablement quand on leur demande leurs motivations qu'ils veulent être infirmier pour le côté humain du métier, parce qu'ils aiment aider les gens.

Souvent quand les gens apprennent notre métier ils nous disent des choses comme "vous avez du courage", "heureusement qu'il y a des gens comme vous" et le classique "vous faites un beau métier...moi je ne pourrais pas".
Toutes ces louanges en deviennent tantôt gênantes, parfois exaspérantes, même si au fond un petit compliment ça fait toujours plaisir.

Un jour une patiente m'a dit quelque chose d'assez inhabituel : " je ne comprends pas comment vous pouvez vouloir être infirmière, il faut vraiment ne pas avoir de cœur pour supporter toute cette douleur et cette souffrance".

Cette phrase m'a fait l'effet d'un électrochoc.
J'y repense souvent. Quelle genre de personne suis-je pour effectivement supporter tout ça?

Dans ce lien, un regard sur le personnel soignant à la place du patient

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